Par l'alchimiste-orfèvre Jean-Marie Prouvèze / Agalmata (pour un antiquaire parisien)
Photos L. Chevalier et P. Crenn (Agalmata tous droits réservés)
Photos L. Chevalier et P. Crenn (Agalmata tous droits réservés)
amalgame - juxtapositions incongrues - agalmata .
"M. Piot, qui n'aimait pas le Moyen Age, et qui appelait le goût des choses de la Renaissance un goût exquis, mais de second ordre, était un admirateur de l'art antique. Le génie grec l'avait effleuré d'un coup d'aile. C'est chez lui, rue Saint Fiacre, et plus tard dans sa retraite de la rue de Courcelles, que j'ai passé quelques-unes des heures les mieux employées de ma vie. Lorsqu'il se sentait disposé à parler de ses projets, ou à traiter une question qu'il avait étudiée particulièrement, on était sous le charme de sa voix modulée et lente. Je n'oublierai jamais ces après-midi de jeudi, où il recevait ses amis dans son petit salon, devant ses vitrines pleines de chefs-d'œuvre et ses armoires mystérieuses. On restait jusqu'à l'heure du thé, sans prendre garde au froid, car la cheminée ne tirait pas. Que de profondeur de vues ! que de sentiment du beau ! et quelle facilité d'ouvrir à la science et au goût des champs de culture inexplorés !
[...] Et sa collection ? J'en ai fait le catalogue sur le désir exprimé par M. Piot à notre ami M. Bonnaffé. Cette collection a un caractère spécial. Elle ne forme pas d'ensemble, n'a pas de séries cultivées de préférence à d'autres. Elle est l'œuvre d'un homme de goût et d'un curieux qui a visité tous les pays où des antiquités se trouvent, et qui a recueilli ce qui l'attirait ou l'intéressait. Le médiocre est exclu. Chaque objet se distingue par une qualité, et souvent par de grandes qualités. Ici, c'est la beauté qui domine ; là, c'est la passion de l'art archaïque qui perce, ou c'est le procédé de fabrication qui donne au moindre fragment son prix et son importance. Pour M. Piot, une collection était à la fois une source de jouissance et un enseignement. Il s'y formait l'œil, et son goût s'y rafraichissait par l'aspect journalier de quelques morceaux de choix, représentant tout un chapitre de l'histoire de l'art. C'est, du reste, le meilleur moyen de s'entretenir dans le culte du beau et de se compléter dans la connaissance des questions pratiques. Si la pièce capitale de son musée, la jambe de bronze, achetée à Naples en 1859 et vendue aux Anglais il y a trois ans, était encore ici, à côté du buste de Michel-Ange, on verrait que M. Piot n'avait pas besoin de sortir de chez lui pour placer ses admirations."
(W. Froehner, Préface du catalogue de la vente Piot, 27 - 30 mai 1890)
La vente capitale de la journée d'hier était dans la salle 8 où Me Maurice Delestre, avec son habituelle aménité dispersait une collection d'antiquités grecques, romaines, égyptiennes [...] Aussi les artistes, sculpteurs et peintres étaient-ils venus nombreux et chacun d'eux est sorti les poches bien lestées [...] je note aux côtés des sculpteurs, la présence de M. Rodin [...]. Il y achetait des tanagras et il ravit au sculpteur Saint Marceau une très belle coupe.
B. Garnier, L'écho de Paris, 20/01/1903.
" Trois opérations. Voir, opération de l'oeil. Observer, opération de l'esprit. Contempler, opération de l'âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l'art." Emile Bernard